vendredi 1 mai 2009
Minefi Recit des Vagues
Guidés dans notre marche par le sol qui se courbe et se tord pour nous diriger, on devine peu à peu des couleurs jusque là ternies par l’ombre, on distingue un murmure encore couvert par le ronflement de la ville. Je ferme alors les yeux pour me laisser appeler par cette rumeur distante et quand elle est devenue vacarme résonnant je me sens enveloppé. A l’intérieur, ce n’est pas la hauteur de ses espaces ni la densité de ses cheminement, qu’on devine dès l’approche, qui me surprennent mais cette odeur végétale qui imprègne l’atmosphère et réveille les sens. L’espace est tissé de tiges et d’échasses qui suspendent les commerces et les habitations ; l’air et le passant baignent dans les senteurs boisées qui en émanent.
Il faut alors pousser au travers de cette forêt construite. Les passages serrés se jouent du flâneur, le guidant à travers leurs détours. Serpentant sur leurs passerelles on serre parfois les murs tellement le sentier est étroit. On se heurte au passant à chaque croisement, chaque virage. Etranger, désorienté, je ne vois plus cette ville que j’ai approché de si loin, je la vie de tout près, je la sens et la touche. J’ai parfois l’impression que le chemin que j’empreinte, qui ondule dans des directions incertaines, veut me rappeler où je suis lorsqu’il m’expulse hors des murs et qu’il me projette, ébloui, suspendu au dessus de la voie rapide parisienne. Quand je rentre à nouveau je reconnais ces structures flottantes qui me sont devenues familières, l’odeur humide pénètre peu à peu mes vêtements. Je retrouve à chaque fois en m’enfonçant dans la ville cette ambiance de proximité, où l’étranger est presque intime.
Manifeste Minefi
Du travail d’un siècle on semble omettre l’essentiel.
1. Il est temps de percevoir le potentiel de l’étendue géographique comme on percevait hier les possibilités virtuelles de la télématique. Il est temps de réhabiliter l’espace.
2. Il est temps d’utiliser cet espace libéré, de le parcourir et de l’habiter. Si le monde est notre Etat, chaque citoyen possède sa trace ; leurs vies ne sont que parcours et les lieux qu’ils traversent sont faits d’empreintes. Si vous voulez comprendre, il faut cartographier votre vie, ce que vous avez laissé et ce que vous avez pris.
3. Les migrations en tant qu’actes ponctuels laissent place à un nouveau type de déplacement. C’est dans la circulation et le flux que l’homme trouve son mode de vie. Il tient à sa place personnelle dans le grand processus de mondialisation ; il parcourt les villes à la recherche de leur âme et de leurs habitants. Il travaille pour une entreprise non localisée, aucune attache ne le retient : c’est un nomade urbain.
4. L’architecture de la ville doit répondre à ces nécessités nouvelles. La ville est un accueil intégral pour le nomade en transition. Il parait évident que ce n’est pas tant l’infrastructure qui tiendra lieu d’accueil mais la manière dont les migrants sont incorporés à la ville. Le futur de l’architecture est dans le déplacement, le roulement, qu’elle doit inciter sinon créer.
5. Cela commence par un lieu qui matérialise, qui transcrit avec puissance la trace du nomade. Les citadins de Paris viennent ici voir comment il est possible d’habiter la circulation. Loin de leur quotidien dépersonnalisé, ils expérimentent la fascination de l’« ailleurs », ils vivent par procuration la vie du voyageur et en échange ils offrent l’accueil.
Minefi 2
De l’intérieur, sa taille est indicible ; la cité s’engouffre dans des cavités invisibles. Les échoppes s’alignent et les habitations s’empilent dans des passages effilés. Les passants se croisent et se touchent. Par là on entrevoit une courette éclairée, par là se distingue le contour d’un feuillage.
Ça et là, dans ce désordre de logique urbaine, des masses géométriques affleurent. Une porte entrouverte nous y attire ; avant d’y pénétrer on lit sur la façade un nom, une date qui défilent. Dedans, ce sont des images, projetées tout autour elles happent la pièce obscure et se l’assimilent. On est ailleurs, avec elles, dans des paysages nouveaux et des villes inconnues. Combien de temps ai-je traversé ces villes, bercé par le son d’une voix étrangère, je ne peux me l’imaginer. Et alors je les cherche, ces pièces irréelles : celle-là nous écrase, sa projection nous conduit dans l’intimité d’une chambre, par sa fenêtre on voit les passants, on saisi un bref instant de leurs paroles ; dans cette autre si vaste on est transporté par une caravane en marche et assurément ces murmures disent-ils un conte lointain. Quand je me demande à qui sont ses yeux qui me servent de guide je pense à leurs récits qui me laissent une part de leurs vies et de leurs villes, à cette présence absente comme une trace sur un chemin, et je me figure volontiers que ce sont des migrateurs, des nomades.
J’apprends plus tard que la cité accueille des citadins comme vous. Ils quittent leurs appartements parisiens pour vivre ici, dans la ville des villes, et pour voyager dans l’imaginaire, dans l’utopie fictive du nomade. Ils échangent en quelque sorte pour un bref instant leur existence avec celle du nomade urbain : celui qui troque son empreinte contre une escale chez vous, qui ne fait que s’attarder avant de passer son chemin.
mercredi 29 avril 2009
Gregory Crewdson "sous la surface des roses"
Sur ce paysage qui semble s'être arrêté on cherche la trace d'un être vivant. Il y en a effectivement quelques uns le long des vitrines fermées des magasins qui semblent aussi figés que l'environnement qui les entoure. Le seul personnage qui se détache de part sa place et son geste est la femme accroupie au milieu du parking et qui semble uriner, on sent vraiment l'instant figé, la gêne occasionnée par notre intrusion, le mouvement de cette femme qui s'apprête à se relever.
La lumière participe à la mise en scène elle souligne les détails grâce aux lampadaires qui diffusent des halos qui ponctuent la monotonie du parking. Les éclairages des magasins apportent une lumière qui balbutie et révèlent quelques espaces intérieures. La longe bande lumineuse horizontale à droite de la photo semble répondre à la verticalité du poteau télégraphique. Toute l'image semble baignée dans une certaine obscurité, on se demande si la scène se déroule à la nuit tombée ou au petit matin, ce qui laisse imaginer le devenir des personnages qui attendent peut-être l'ouverture des magasins ou qui restent dans cet endroit morne pour la soirée ne sachant pas où aller. Peut- être que ce parking est sur le point de se remplir ou alors il vient de se vider.
Le photographe réussit à nous faire rentrer dans ce jeu entre espace et lumière qui crée une atmosphère troublante, intrigante. Le sujet paraît désincarné mais on y plonge totalement et avec attention.
Un aveugle à Vildeber
-" Cour Saint Emilion ? "
Une voix timide me le confirme.
Le bruit de l'ouverture mécanique des portes m'invite à m'engager entre les bâtants.
Je sens alors sous mes pieds ces cisaillements qui annoncent l'escalator.
Une envie pressante de sortir de cet espace bruyant et malodorant s'empare de moi. Le mouvement des gens qui se pressent tout autour m'entraîne et m'accompagne jusqu'à la sortie. Je sens le vent me caresser le visage, l'air est frais, il me semble être dans un espace verdoyant , un parc certainement; le pollen me chatouille le nez. Soudain, je perçois non loin des sons qui me sont familiers. De la musique. Les sons sont étouffés, je tends l'oreille. Des gammes de piano, une femme élève la voix, elle n'a pas l'air satisfaite. Il y a aussi quelqu'un qui chante. Cela s'apparente plus à des vocalises. Il doit y avoir des cours par ici et une des professeurs a dû omettre de bien fermer la porte. Cela me rappelle l'ambiance studieuse de mes cours de musique.
Au sol, les doux pavés me guident. Oublions un instant ces planchers métalliques qui s'obstinent à abîmer mes semelles.
Très vite, une odeur de crêpe m'envoûte et me met l'eau à la bouche. Un homme appelle les passants pour les attirer vers son commerce. je me laisse guider par ces émanations sucrées. La gourmandise l'emporte et je demande une crêpe au sucre. Je déguste ma friandise en marchant le long d'un chemin pavé. Cet endroit me paraît plus actif, les gens s'agglutinent autour de moi. J'entends des tiroirs caisses s'ouvrir, des gens s'esclaffer, des fourchettes tinter contre les assiettes. Ce brouhaha étouffe un peu la musique ambiante. Des voix de jeunes filles sortent du lot. Elles sont sur ma droite et se racontent leur vie, autour d'un café probablement. Quel drôle d'endroit.
C'est alors que des bruits d'enfants m'interpellent au loin, il doit y avoir une aire de jeu, une place. L'odeur des cafés me conforte dans cette idée. Une guitare se fait entendre. Je dirais même qu'il y a plusieurs guitaristes qui s'amusent. C'est surprenant, l'espace semble vraiment vaste et ouvert. Je me sens libre d'aller où je souhaite. je touche un banc du bout des doigts et décide de m'y asseoir. Des rires, des pleurs, je sens que les gens se promènent, discutent de choses diverses. j'écoute les musiciens. C'est apaisant et jovial à la fois. Les jets des fontaines m'envoient des gouttes au visage.
puis je lève la tête, comme pour saisir les bruits de pas qui résonnent au dessus. y aurait il des activités là haut? il doit forcément y avoir une manière d'y accéder.
Un chien me frôle alors que je me lève.
Je me retrouve sur une côte, mes vieux genoux commencent à faiblir. Je m'assieds sur des marches en pierres qui semblent sortir du sol.
La résonance de l'endroit me laisse supposer qu'il s'agit d'un amphithéâtre.
Des comédiens répètent.
Je me sens vraiment bien ici.
Je parviens finalement à me rapprocher des activités qui s'annonçaient au dessus de moi .
Des chemins en pente douce m'accompagnent sur des plates formes un peu plus en hauteur, où l'air se fait plus frais, peut-être à cause d'une entrée de courants d'airs facilitée.
Les animations humaines du dessous ont l'air de résonner sur des parois plus ou moins proches les unes des autres, mais les résonances ne parviennent pas à prendre le dessus sur une couche mélodieuse plus épaisse, qui doit sûrement provenir d'une salle de concert dominante.
Apres ces constatations, je décide de marcher encore un peu avec cette fois-ci un objectif un peu plus clair, il est midi et j'ai faim. En plus de cela, je perçois justement quelques odeurs de fritures et quelques bruits de couverts s'entrechoquant. Il est midi, je sens qu'il fait beau car un soleil froid chauffe mon dos.
L'odeur de nourriture est de plus en plus imposante, et je me dirige vers là où odeur et bruit se fusionnent. je parviens à trouver une chaise autour d'une table puis un serveur qui prend soin de moi.
Ce serveur m'annonce qu'un concert sera joué sur la même place où je me trouve dans les minutes qui vont suivre.
Je lui commande de quoi bien me nourrir et me réjouis d'avance à l'idée d'entendre ce groupe jouer non loin de moi.
Sans prévenir alors, instruments de bois , instruments à vents, puis à cordes s'entremêlent.
Soudain, je me rends compte que je n'ai plus envie de quitter cet endroit. Je n'y vois rien mais je m'y sens vraiment bien. Je viens de me souvenir que je dois aller prendre le métro pour passer voir mon médecin. Ayant fini de déjeuner, je prends des escalators non loin de la place qui me ramènent à l'endroit d'où je suis arrivé... Je retourne à cette réalité que j'avais légèrement oublié.
MANIFESTE DE VILDEBER
Paris, le 21 Avril 2009.
Monsieur,
Nous vous faisons part de nos ambitions concernant l’actuel village de Bercy, en espérant que vous les prendrez en compte.
1. Nous voulons que ce « faux village » connu jusqu’ici qu’à un état d’illusion et de tromperie, où ignorance et indifférence règnent, ne soit pas qu’un lieu mondialisé sans surprise aucune.
2. Améliorons le point fort de ce monstre au bout du village, à la mécanicité métallique et vitrée, qui en ouvrant sa gueule aspire un maximum de passants. Libérons ces derniers qui sont comme piégés entre ces rangées de chais, des pièges à temps et à argent.
3. Passons d’un village figé et sans vie à un centre en éveil.
4. Nous voulons que chacun aille à sa propre vitesse, suivant sa propre envie, ses besoins, ses possibilités et suivant même ses limites.
Qu’errance se fasse, et les éléments essentiels seront flânerie, rêverie et envie.
Nous déclarons que se sentir bien « comme chez soi » sera le but de cette expérience.
5. Nous voulons créer du partage, de la rencontre, de la confiance, du respect, de l’accueil. L’ambiance du village se devra de suivre ces mots d’ordre.
Créons nos propres repères, passons le temps comme bon nous semble.
Le plaisir, la continuité et l’authenticité devront être du voyage.
Salutations, l’équipe Vildeber.
VILDEBER à la manière du texte LES VAGUES
Vildeber et sa place.
En cette fraîche matinée, le calme régnait sur la place de Vildeber. La vague verte qui s’était abattue sur la place semblait somnoler. Les pentes douces emplies de verdure n’accueillaient à cette heure, pas même un chat. Seule la lumière du jour semblait s’activer, s’engouffrant entre les deux blocs dédiés aux concerts pour venir se glisser dans la place. Les vitres des locaux d’enregistrement, isolés en hauteur, scintillaient et ne laissaient entrevoir encore personne.
A mesure que le soleil s’élevait dans le ciel, les gens arrivaient et commençaient à déambuler sur le parvis, comme portés par la vague de verdure.
Peu à peu, les commerçants s’éveillaient, tel des bigorneaux sortant de leurs coquilles. Les magasins qui se tenaient sur les côtés, ouvraient leurs portes. Ils commençaient à dévoiler ce qu’ils cachaient derrière leurs barreaux protecteurs. Du côté des restaurants, chaque table était placée et dressée avec soin. Au rythme des animations, la nature aussi se faisait plus vivante et verdoyante.
S’approchant de la place, un jeune homme s’engagea, guitare au dos, sur la pente qui partait de la place et desservait les locaux d’enregistrement. Les ombres derrière les vitres des lieux de travail se firent de plus en plus nombreuses et mouvementées.
L’animation digne du centre musical se fit enfin sentir. Les gens faisaient des va et vient , passaient par la place pour aller vers les salles de concerts, vers les bars, passaient pour monter en haut se poser au cœur de la verdure, ou même s’engouffraient juste derrière dans un souterrain mystérieux . Des passants avec leurs instruments de musique se pressaient tout autour.
En tournant la tête vers les surprenants édifices qui sortaient du sol tel des fleurs, on découvrit l’existence discrète d’un espace au sous-sol tout aussi attrayant que l’extérieur . A l’intérieur, il y avait une multitude de petites têtes flânant devant les magasins , tel des fourmis assidues se suivant les unes les autres.
Doucement, le soleil s’avançait vers le dos des passants qui s’étaient posés sur les marches. Une jeune femme se posa au milieu d’eux et joua avec brio de la guitare. Tous l’écoutaient et participaient à cette entrevue musicale.
Les notes de musiques flottaient dans l’air, valsaient, charmaient les oreilles de chacun. Des sourires, des rires et des regards captivés inondaient la place. Les arbres eux, semblaient danser au rythme du vent..
Puis, le calme revint. On entendait de nouveau le vent souffler et siffler. C’était l’heure de la pause déjeuner, les précipitations se faisaient de plus en plus discrètes. Les gens se posèrent aux terrasses de cafés alentours, profitant de la douceur de vivre. Vildeber, à cette heure emplie de monde, avait comme retrouvé son ambiance matinale.
Peu après, on revit dans son nid en hauteur, à travers la vitre du local, le garçon à la guitare qui s’apprêtait à se remettre au travail. Une averse se précipita alors sur la place et , tout autour, tous sauf lui fusèrent en direction de la galerie souterraine.
Au-dehors, le couvre-lit de verdure ne trouvait plus personne à qui tenir compagnie.
mardi 28 avril 2009
Transtation
Translation: ville de flux et de passage, ville de transformation et de métamorphose, ville de transit et de réinsertion.
Les habitants de cette ville sont des migrants venant de tous les pays du monde. Il cherche une nouvelle vie et un nouvel espoir dans la capitale. Les Parisiens y passent ou y travaillent. Ils contribuent à leur insertion dans notre société.
On y accède par la route ou par le fleuve. Tous les moyens de transport y ont un accès bien défini car la route qui serpente autour du bâtiment délimite les départs et les arrivées. Les voitures roulent, s’arrêtent, les bateaux partent et repartent… L’espace se remplit de différents langages et crée l’exotisme au sein de la capitale.
En dessous de l’activité parisienne, il peut se concentrer à ces recherches. Le voyageur est lancé dans un parcours linéaire qui dessine la morphologie de ce robot. L’itinéraire est ainsi tracé et permet au migrant de le suivre paisiblement.
D’abord, un cerveau mystérieux et trop froid pour accueillir les migrants. Seuls ceux qui y travaillent y ont accès. Le corps qui transforme et change le passé des migrants pour un avenir prometteur. Les annexes attachées au corps sont de petites cellules qui permettent un moment d’intimité et de réflexion. Ils peuvent ainsi faire une pause qui devient nécessaire après le voyage et avant l'intégration. Ceci les engage dans une dimension de considération de ce temps à vivre.
C’est dans une ambiance rythmée par l’eau et les va-et-vient et par le temps de transits, que des différents éléments font vivre Translation. Les migrants vivent une expérience unique. L’espace de Translation s’adapte selon leurs besoins.
5 mots clés:
-Transit : tout le site est basé sur l’action de passer par un lieu sans y séjourner pour suivre son itinéraire. Son itinéraire étant les différentes étapes de son intégration.
-Parcours : le migrant suit un parcours linéaire avec un départ et une arrivée tout le long des quais. Étape par étape, le migrant devient citoyen.
-Partage : c’est dans le fait de proposer une aide pour les migrants que l’administration se partage. La distribution des taches se lit dans l’architecture proposée.
-Modulable : dès que le migrant se trouve dans un espace où il doit agir sans aide, il peut l’adapter espace selon ses besoins.
Le soleil éclaire ce mélange de pierre de verre et de métal qui s’entremêle à la végétation.
Dans l’eau de la Seine, le reflet de Transtation se trouble. Ça y est la machine est en marche. Le ronflement du mécanisme se fait entendre.
Les multiples cabines montent et descendent sur trois rythmes différents. Le temps est ainsi marqué dans cette linéarité.
Un bateau arrive, une vingtaine de personnes en sort. Ce lieu sera leur première adresse. Le migrant est l’élément mobile. La foule se dilue en se dirigeant vers le bâtiment central. La place prend alors des couleurs et se dessine selon les différentes circulations que les arrivants choisissent.
La transparence du bâtiment d’accueil nous permet de suivre leur parcours. Chacun vaque à sa tache et à sa mission à accomplir, tous avec un même but : l’intégration dans notre cité. Les uns prennent leur temps et jouissent de la beauté du site qui leur est proposé. Tout paraît facile et instinctif.
Après une pause générale, les uns et les autres reprennent leurs activités. La plateforme est de plus en plus pleine. Les migrants et les Parisiens se côtoient. On observe des débuts de dialogue gestuel. Des discussions s’engagent dans un anglais approximatif.
Là-bas les enfants se sont endormis sur les quais. Les parents les réveilleront pour le prochain départ. Une autre destination ? une autre situation ?…
Le soleil se couche. Transtation est encore animée. Dans la nuit, l’éclairage artificiel, nous permet d’apercevoir le café et le restaurant qui maintenant à cette heure tardive, fait encore vivre cet ensemble.
MARZO Louise , GESLIN Louis , BIDAULT Sebastien , AL MURAIQEB Abdullah
Manifeste De Transtation
Nous engageons un mouvement plein d’initiatives afin de promouvoir les populations à un sentiment d’unité et de partage.
Attachons nous à l’existant pour construire le futur. Profitons des éléments qui nous sont offerts.
Utilisons la mécanique et la technique pour que tout soit cohérant. L’architecture doit être lisible pour l’étranger.
Laissons la nature nous guider. Elle nous apaisera.
Amenons dans nos édifices la force de la végétation! Que le vivant fasse sentir sa présence.
Dans ce lieu d’accueil, le migrant riche de son histoire, se trouve alors confronter à un tourbillon d’expériences et de connaissances. Nous croyons à sa capacité à communiquer, à aimer, et à apprendre à vivre et à composer avec autrui.
1. Nous voulons maîtriser et réguler les différents flux. Contrôlons les circulations ! Poussons les citadins à participer à cet élan de générosité et d’échange. De routes en chemins, de passerelles en couloirs, favorisons les rencontres des uns avec les autres.
2. Nous voulons éviter une montée effrayante du racisme et mettre à mal le nationalisme afin de glorifier la diversité mondiale. Partageons les multiples expériences de chacun.
3. Nous voulons casser les règles et l’ordre des pays riches. Ce système caduc n’a que trop duré. Finis les rapports hiérarchiques insoutenables et donnons une solidarité créatrice.
4. Face aux différences de croissances démographiques trop importantes, nous devons partager et gérer les potentiels multiples de l’humanité.
5. Nous souhaitons favoriser les communications entre les différents pays et mettre au défit tout système égoïste propre à la suffisance des nantis. Instaurons un langage commun qui permettra dans l’avenir de créer des collaborations fructueuses.
6. Abolissons les frontières physiques et mentales au profit d’un nouveau tissu social.
7.Informons et médiatisons pour créer un nouveau réseau planétaire.
8. Amenons les gens à découvrir, à comprendre et à accepter les différences ethniques de chacun.
Ce nouveau Pole de transit permet la métamorphose du monde en un village virtuel où l’échange d’informations serait intense et simultané. La dimension urbaine prend corps avec l’élaboration de ce bâtiment qui sera la réalisation de notre manifeste.
MARZO Louise , GESLIN Louis , BIDAULT Sebastien , AL MURAIQEB Abdullah
Lafarge Bétons : Site avant Transtation
Ce chemin sur les quais me paraît hostile. Cet espace privé n’est pourtant pas fermé. On se retrouve dans un chemin sombre. Seuls deux endroits sont inondés de lumière. Ce sont les deux vides créés par la structure des portiques qui permettent le transport des matériaux par un tapis roulant. Le fer habituellement triste et gris, apporte une grandeur impressionnante à ce mécanisme en mouvement.
À gauche les arbres rythment et guident l’étranger dans un parcours linéaire parallèlement aux minéraux et aux flux de l’eau.
On croise des camions à bennes tournantes et parfois quelques hommes aux gilets oranges.
Ces travailleurs ont un chemin tracé dans cet espace. Les différents éléments de l’usine ont une fonctionnalité particulière. La technologie contrôle les machines, l’homme surveille. Tout est calculé et facilité.
Ces hommes s’effacent devant le maitre des lieux qui est le principal acteur de cette scène de haute production. C’est du haut de son bureau qu’il pense dominer sa société.
L’industrie laisse échapper des grondements d’activités. C’est la robotisation du mélange. L’architecture sert ici d’enveloppe, quand la machine sert d’organe. Les circulations sont simples et entraînent un automatisme quotidien aux gardiens de ces lieux.
Dans ces lieux, il n’y a pas de hasard, pas de changements, tout est prévisible : on dirait que la vie libre n’a pas sa place car le temps ne s’est jamais arrêté.
MARZO Louise , GESLIN Louis , BIDAULT Sebastien , AL MURAIQEB Abdullah
mercredi 15 avril 2009
Manifeste de BéNéFé
Foulons le sol de cette forêt impénétrable, griffons-nous aux épines de ses ronces, salissons nos beaux habits de la boue qui nous aspire. Le temps est venu de trébucher. Appuyons nous sur l’épaule de celui qui se tient à nos côtés. Relevons nous ! Regroupons-nous ! Guidons les pas de celui qui s’est effondré.
La ville lumière est devenue blafarde pour les migrants. Construisons le phare qui guidera tous les esprits rêveurs et voyageurs qui souhaitent interagir, s’établir pour un jour ou une vie, apprendre un mode de vie et enseigner le leur.
Libérons l’espace de ses barrières et laissons proliférer le vert. Fini les bacs à fleurs et les arbres élagués. Du vent, les parterres de pelouses inviolables !
C’est l’intolérance et l’incuriosité qu’il faut enfermer !
Devant l’image d’une métropole introvertie:
1. Nous voulons inviter le citoyen, le sédentaire à accueillir le nomade et à dialoguer avec lui.
2. Les éléments essentiels de notre création sont : la communauté, la beauté de l’éphémère, la nature à l’état brut.
3. L’architecture a trop longtemps dominé la nature, l’excluant, la transformant, la piétinant nous voulons prôner l’hybridation de ces deux mondes jusqu’alors en conflit.
4. Nous déclarons que l’émigré ne doit pas être considéré comme étranger. L’étranger ne peut participer à l’espace qui l’entoure. Le migrant, lui, s’ouvre et s’offre à son contexte.
5. Nous voulons briser les règles d’une architecture normée et aseptisée par un esprit et des règles d’urbanisme trop strictes.
6. Nous voulons démolir les zoos, les cages, l’emprisonnement. Fini les préjugés, il est temps que l’homme, la faune et la flore puissent vivre sur le même territoire.
7. Le 13ème arrondissement a été trop longtemps coupé du reste de Paris et exclue de la vie urbaine. Redonnons-lui sa popularité et sa mixité sociale perdues au fil de sa métamorphose.
C'est ici, à l’Ecole Spéciale que nous lançons ce manifeste d’architecture où la nature occupe la plus grande place parce que nous voulons délivrer Paris de son tissus urbain trop sévère, réglementé et austère.
Adrien Daniel, Julie Chéhab, Hugo Reymond, Franck Dugué, Tangi Defachelles.
BéNéFé futur
Après une longue traversée, survolant le fleuve à l’ombre des arbres nous pénétrons dans cette nouvelle ville : Bénéfé.
Ici, la nature a pris le dessus, sans pour autant oppresser le visiteur.
Cette forêt d’apparence impénétrable semble vouloir nous dévoiler ses secrets tendant ses racines sinueuses: des passerelles qui cheminent, se dilatent, s’infiltrent, bercent, s’intègrent, dansent, s’étendent, percent, traversent, franchissent, parcourent les profondeurs. Ces liens relient les espaces à la fois système de connexion, lieu de rencontre et arborescence hybride.
Entre faune et flore, on se rencontre, on échange, on partage, on s’émancipe.
Entre endroits intimes et espace communautaire chacun y trouve sa place, son petit chez soi.
L’odeur de l’herbe à la rosée du matin, l’humidité de la terre, la résine, la nature nous sommes à BéNéFé. Les bruits ?…. Quels bruits ? L’agitation extérieure est ailleurs seul le silence communique.
A travers les feuillages on distingue les vestiges de l’ancienne ville, régime austère et totalitaire muté. Le peu de ce qui reste des tours jaillit de cette forêt. Au loin dans le ciel, des ombres apparaissent et disparaissent, on dit qu’il s’agit de cellules nomades pour les habitants de la ville. Cette dernière se dilate et se replie au rythme de sa population tels les battements d’un cœur vivant et végétal.
En quelque sorte notre projet n’est pas qu’une hybridation physique mais il met en place 4 hybridations :
Celle entre la nature et le bâti.
Celle de l’hybridation de la 3D pour obtenir la 4D, le temps : travaillant sur la notion du passage et du nomadisme.
Celle du programme : allie fonction privé, public
Hybridation de l’espace de circulation qui se dilate en fonction des densités.
On en vient à créer des passerelles entre le planifié et le non planifié, l’objet et l’espace, le migrant et le sédentaire, l’homme et l’animal.
Adrien Daniel, Julie Chéhab, Hugo Reymond, Franck Dugué, Tangi Defachelles.









