Ce fourmillement que d’ici on aperçoit parait si lointain, si étranger à nos rues insipides et leurs croisements rectilignes. On remarque encore les colonnes immenses en pierre et béton, vestiges du passé qui structurent le bâtiment et dessinent sa façade ; et ses arches colossales ne révèlent que mieux les profondeurs animées où le regard s’engouffre.
Guidés dans notre marche par le sol qui se courbe et se tord pour nous diriger, on devine peu à peu des couleurs jusque là ternies par l’ombre, on distingue un murmure encore couvert par le ronflement de la ville. Je ferme alors les yeux pour me laisser appeler par cette rumeur distante et quand elle est devenue vacarme résonnant je me sens enveloppé. A l’intérieur, ce n’est pas la hauteur de ses espaces ni la densité de ses cheminement, qu’on devine dès l’approche, qui me surprennent mais cette odeur végétale qui imprègne l’atmosphère et réveille les sens. L’espace est tissé de tiges et d’échasses qui suspendent les commerces et les habitations ; l’air et le passant baignent dans les senteurs boisées qui en émanent.
Il faut alors pousser au travers de cette forêt construite. Les passages serrés se jouent du flâneur, le guidant à travers leurs détours. Serpentant sur leurs passerelles on serre parfois les murs tellement le sentier est étroit. On se heurte au passant à chaque croisement, chaque virage. Etranger, désorienté, je ne vois plus cette ville que j’ai approché de si loin, je la vie de tout près, je la sens et la touche. J’ai parfois l’impression que le chemin que j’empreinte, qui ondule dans des directions incertaines, veut me rappeler où je suis lorsqu’il m’expulse hors des murs et qu’il me projette, ébloui, suspendu au dessus de la voie rapide parisienne. Quand je rentre à nouveau je reconnais ces structures flottantes qui me sont devenues familières, l’odeur humide pénètre peu à peu mes vêtements. Je retrouve à chaque fois en m’enfonçant dans la ville cette ambiance de proximité, où l’étranger est presque intime.
vendredi 1 mai 2009
Manifeste Minefi
Avec ses autoroutes à haut débit et ses transports de masse, ses communications illimitées et internet globalement tissé, notre ère survole les frontières. Les limites sont enterrées, physiques et virtuelles. Alors que cette mondialisation abolit l’« étranger », on peine à définir la place de l’individu dans ce territoire planétaire.
Du travail d’un siècle on semble omettre l’essentiel.
1. Il est temps de percevoir le potentiel de l’étendue géographique comme on percevait hier les possibilités virtuelles de la télématique. Il est temps de réhabiliter l’espace.
2. Il est temps d’utiliser cet espace libéré, de le parcourir et de l’habiter. Si le monde est notre Etat, chaque citoyen possède sa trace ; leurs vies ne sont que parcours et les lieux qu’ils traversent sont faits d’empreintes. Si vous voulez comprendre, il faut cartographier votre vie, ce que vous avez laissé et ce que vous avez pris.
3. Les migrations en tant qu’actes ponctuels laissent place à un nouveau type de déplacement. C’est dans la circulation et le flux que l’homme trouve son mode de vie. Il tient à sa place personnelle dans le grand processus de mondialisation ; il parcourt les villes à la recherche de leur âme et de leurs habitants. Il travaille pour une entreprise non localisée, aucune attache ne le retient : c’est un nomade urbain.
4. L’architecture de la ville doit répondre à ces nécessités nouvelles. La ville est un accueil intégral pour le nomade en transition. Il parait évident que ce n’est pas tant l’infrastructure qui tiendra lieu d’accueil mais la manière dont les migrants sont incorporés à la ville. Le futur de l’architecture est dans le déplacement, le roulement, qu’elle doit inciter sinon créer.
5. Cela commence par un lieu qui matérialise, qui transcrit avec puissance la trace du nomade. Les citadins de Paris viennent ici voir comment il est possible d’habiter la circulation. Loin de leur quotidien dépersonnalisé, ils expérimentent la fascination de l’« ailleurs », ils vivent par procuration la vie du voyageur et en échange ils offrent l’accueil.
Du travail d’un siècle on semble omettre l’essentiel.
1. Il est temps de percevoir le potentiel de l’étendue géographique comme on percevait hier les possibilités virtuelles de la télématique. Il est temps de réhabiliter l’espace.
2. Il est temps d’utiliser cet espace libéré, de le parcourir et de l’habiter. Si le monde est notre Etat, chaque citoyen possède sa trace ; leurs vies ne sont que parcours et les lieux qu’ils traversent sont faits d’empreintes. Si vous voulez comprendre, il faut cartographier votre vie, ce que vous avez laissé et ce que vous avez pris.
3. Les migrations en tant qu’actes ponctuels laissent place à un nouveau type de déplacement. C’est dans la circulation et le flux que l’homme trouve son mode de vie. Il tient à sa place personnelle dans le grand processus de mondialisation ; il parcourt les villes à la recherche de leur âme et de leurs habitants. Il travaille pour une entreprise non localisée, aucune attache ne le retient : c’est un nomade urbain.
4. L’architecture de la ville doit répondre à ces nécessités nouvelles. La ville est un accueil intégral pour le nomade en transition. Il parait évident que ce n’est pas tant l’infrastructure qui tiendra lieu d’accueil mais la manière dont les migrants sont incorporés à la ville. Le futur de l’architecture est dans le déplacement, le roulement, qu’elle doit inciter sinon créer.
5. Cela commence par un lieu qui matérialise, qui transcrit avec puissance la trace du nomade. Les citadins de Paris viennent ici voir comment il est possible d’habiter la circulation. Loin de leur quotidien dépersonnalisé, ils expérimentent la fascination de l’« ailleurs », ils vivent par procuration la vie du voyageur et en échange ils offrent l’accueil.
Minefi 2
On a peine à se souvenir du monstre incongru qui dissimulait ses formes malvenues. Son ossature survole à présent avec légèreté le site qu’il embarrassait. D’un regard on a transpercé ses façades de verre. Et pourtant on aperçoit dans un reflet le grouillement de ses entrailles d’où ponts et passerelles émanent, atterrissant sur le socle urbain pour cueillir le flâneur dans sa marche.
De l’intérieur, sa taille est indicible ; la cité s’engouffre dans des cavités invisibles. Les échoppes s’alignent et les habitations s’empilent dans des passages effilés. Les passants se croisent et se touchent. Par là on entrevoit une courette éclairée, par là se distingue le contour d’un feuillage.
Ça et là, dans ce désordre de logique urbaine, des masses géométriques affleurent. Une porte entrouverte nous y attire ; avant d’y pénétrer on lit sur la façade un nom, une date qui défilent. Dedans, ce sont des images, projetées tout autour elles happent la pièce obscure et se l’assimilent. On est ailleurs, avec elles, dans des paysages nouveaux et des villes inconnues. Combien de temps ai-je traversé ces villes, bercé par le son d’une voix étrangère, je ne peux me l’imaginer. Et alors je les cherche, ces pièces irréelles : celle-là nous écrase, sa projection nous conduit dans l’intimité d’une chambre, par sa fenêtre on voit les passants, on saisi un bref instant de leurs paroles ; dans cette autre si vaste on est transporté par une caravane en marche et assurément ces murmures disent-ils un conte lointain. Quand je me demande à qui sont ses yeux qui me servent de guide je pense à leurs récits qui me laissent une part de leurs vies et de leurs villes, à cette présence absente comme une trace sur un chemin, et je me figure volontiers que ce sont des migrateurs, des nomades.
J’apprends plus tard que la cité accueille des citadins comme vous. Ils quittent leurs appartements parisiens pour vivre ici, dans la ville des villes, et pour voyager dans l’imaginaire, dans l’utopie fictive du nomade. Ils échangent en quelque sorte pour un bref instant leur existence avec celle du nomade urbain : celui qui troque son empreinte contre une escale chez vous, qui ne fait que s’attarder avant de passer son chemin.
De l’intérieur, sa taille est indicible ; la cité s’engouffre dans des cavités invisibles. Les échoppes s’alignent et les habitations s’empilent dans des passages effilés. Les passants se croisent et se touchent. Par là on entrevoit une courette éclairée, par là se distingue le contour d’un feuillage.
Ça et là, dans ce désordre de logique urbaine, des masses géométriques affleurent. Une porte entrouverte nous y attire ; avant d’y pénétrer on lit sur la façade un nom, une date qui défilent. Dedans, ce sont des images, projetées tout autour elles happent la pièce obscure et se l’assimilent. On est ailleurs, avec elles, dans des paysages nouveaux et des villes inconnues. Combien de temps ai-je traversé ces villes, bercé par le son d’une voix étrangère, je ne peux me l’imaginer. Et alors je les cherche, ces pièces irréelles : celle-là nous écrase, sa projection nous conduit dans l’intimité d’une chambre, par sa fenêtre on voit les passants, on saisi un bref instant de leurs paroles ; dans cette autre si vaste on est transporté par une caravane en marche et assurément ces murmures disent-ils un conte lointain. Quand je me demande à qui sont ses yeux qui me servent de guide je pense à leurs récits qui me laissent une part de leurs vies et de leurs villes, à cette présence absente comme une trace sur un chemin, et je me figure volontiers que ce sont des migrateurs, des nomades.
J’apprends plus tard que la cité accueille des citadins comme vous. Ils quittent leurs appartements parisiens pour vivre ici, dans la ville des villes, et pour voyager dans l’imaginaire, dans l’utopie fictive du nomade. Ils échangent en quelque sorte pour un bref instant leur existence avec celle du nomade urbain : celui qui troque son empreinte contre une escale chez vous, qui ne fait que s’attarder avant de passer son chemin.
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