-" Cour Saint Emilion ? "
Une voix timide me le confirme.
Le bruit de l'ouverture mécanique des portes m'invite à m'engager entre les bâtants.
Je sens alors sous mes pieds ces cisaillements qui annoncent l'escalator.
Une envie pressante de sortir de cet espace bruyant et malodorant s'empare de moi. Le mouvement des gens qui se pressent tout autour m'entraîne et m'accompagne jusqu'à la sortie. Je sens le vent me caresser le visage, l'air est frais, il me semble être dans un espace verdoyant , un parc certainement; le pollen me chatouille le nez. Soudain, je perçois non loin des sons qui me sont familiers. De la musique. Les sons sont étouffés, je tends l'oreille. Des gammes de piano, une femme élève la voix, elle n'a pas l'air satisfaite. Il y a aussi quelqu'un qui chante. Cela s'apparente plus à des vocalises. Il doit y avoir des cours par ici et une des professeurs a dû omettre de bien fermer la porte. Cela me rappelle l'ambiance studieuse de mes cours de musique.
Au sol, les doux pavés me guident. Oublions un instant ces planchers métalliques qui s'obstinent à abîmer mes semelles.
Très vite, une odeur de crêpe m'envoûte et me met l'eau à la bouche. Un homme appelle les passants pour les attirer vers son commerce. je me laisse guider par ces émanations sucrées. La gourmandise l'emporte et je demande une crêpe au sucre. Je déguste ma friandise en marchant le long d'un chemin pavé. Cet endroit me paraît plus actif, les gens s'agglutinent autour de moi. J'entends des tiroirs caisses s'ouvrir, des gens s'esclaffer, des fourchettes tinter contre les assiettes. Ce brouhaha étouffe un peu la musique ambiante. Des voix de jeunes filles sortent du lot. Elles sont sur ma droite et se racontent leur vie, autour d'un café probablement. Quel drôle d'endroit.
C'est alors que des bruits d'enfants m'interpellent au loin, il doit y avoir une aire de jeu, une place. L'odeur des cafés me conforte dans cette idée. Une guitare se fait entendre. Je dirais même qu'il y a plusieurs guitaristes qui s'amusent. C'est surprenant, l'espace semble vraiment vaste et ouvert. Je me sens libre d'aller où je souhaite. je touche un banc du bout des doigts et décide de m'y asseoir. Des rires, des pleurs, je sens que les gens se promènent, discutent de choses diverses. j'écoute les musiciens. C'est apaisant et jovial à la fois. Les jets des fontaines m'envoient des gouttes au visage.
puis je lève la tête, comme pour saisir les bruits de pas qui résonnent au dessus. y aurait il des activités là haut? il doit forcément y avoir une manière d'y accéder.
Un chien me frôle alors que je me lève.
Je me retrouve sur une côte, mes vieux genoux commencent à faiblir. Je m'assieds sur des marches en pierres qui semblent sortir du sol.
La résonance de l'endroit me laisse supposer qu'il s'agit d'un amphithéâtre.
Des comédiens répètent.
Je me sens vraiment bien ici.
Je parviens finalement à me rapprocher des activités qui s'annonçaient au dessus de moi .
Des chemins en pente douce m'accompagnent sur des plates formes un peu plus en hauteur, où l'air se fait plus frais, peut-être à cause d'une entrée de courants d'airs facilitée.
Les animations humaines du dessous ont l'air de résonner sur des parois plus ou moins proches les unes des autres, mais les résonances ne parviennent pas à prendre le dessus sur une couche mélodieuse plus épaisse, qui doit sûrement provenir d'une salle de concert dominante.
Apres ces constatations, je décide de marcher encore un peu avec cette fois-ci un objectif un peu plus clair, il est midi et j'ai faim. En plus de cela, je perçois justement quelques odeurs de fritures et quelques bruits de couverts s'entrechoquant. Il est midi, je sens qu'il fait beau car un soleil froid chauffe mon dos.
L'odeur de nourriture est de plus en plus imposante, et je me dirige vers là où odeur et bruit se fusionnent. je parviens à trouver une chaise autour d'une table puis un serveur qui prend soin de moi.
Ce serveur m'annonce qu'un concert sera joué sur la même place où je me trouve dans les minutes qui vont suivre.
Je lui commande de quoi bien me nourrir et me réjouis d'avance à l'idée d'entendre ce groupe jouer non loin de moi.
Sans prévenir alors, instruments de bois , instruments à vents, puis à cordes s'entremêlent.
Soudain, je me rends compte que je n'ai plus envie de quitter cet endroit. Je n'y vois rien mais je m'y sens vraiment bien. Je viens de me souvenir que je dois aller prendre le métro pour passer voir mon médecin. Ayant fini de déjeuner, je prends des escalators non loin de la place qui me ramènent à l'endroit d'où je suis arrivé... Je retourne à cette réalité que j'avais légèrement oublié.
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