vendredi 13 mars 2009

VILLES INVISIBLES

BÉNÉFÉ
Lorsqu’on arrive pour la première fois à BéNéFé, la ville s’offre à nos yeux comme un fief de monarque totalitaire. La sévérité de son aspect est presque effrayante. Encerclée tantôt par un fleuve, tantôt par une voie ferrée, la ville s’élève de son socle telle 4 piliers inébranlables.
A l’approche de la cité, le visiteur est trompé. Il ne peut laisser fuir son regard et il est contraint de parcourir un espace aux points de vues imposés.
La ville a été construite de telle sorte que son apparente transparence soit aussitôt effacée par une combinaison d’artifices qui séquencent le paysage : panneaux de bois derrière les façades vitrées, lourdes parois métalliques, cage à fleurs, armoires inoxydables…
A BéNéFé, l’atmosphère est contrôlée. Gardiens, sécurités, caméras, affiches de règlements, panneaux d’interdiction sont devenus de véritables mobiliers urbains dont la cité ne peut se passer. La ville est contrôlée jusque dans la nature confinée dans une fosse où les arbres poussent sous la contrainte de câbles.
Dans l’immensité du plateau balayé par le vent, le visiteur ne croise que quelques rares habitants. Le silence pesant n’est perturbé que par l’écho soudain d’une voix.
S’il nous vient l’idée de suivre un inconnu, on aura peut-être la chance d’être guidé et de pénétrer l’espace souterrain, tel une fourmi suivant une autre dans les entrailles de cette ville.
Soudain, à l’intérieur, l’habitant se révèle être un nomade. Il ne peut s’établir indéfiniment et délimiter son espace privé. L’homme évolue dans des allées saturées de signalisation et où les matériaux s’affichent lourdement. La hiérarchie de la cité s’ouvre alors à nos yeux. Une hiérarchie fondée sur la culture dont la devise est : plus curieux tu es, plus haut tu seras.
Lorsqu’il parcourt l’espace, le visiteur à la possibilité de laisser son regard s’échapper vers l’extérieur. Et, observant la scène qui s’offre à lui : un pilier sortant de terre, il s’aperçoit que la partie visible de la ville reste un mystère.


MINÉFI
Les bâtiments sont des monstres égoïstes, des assemblages totalitaires qui s’implantent et s’immiscent là où bon leur semble. Celui-là à quelque chose d’incompris, il n’est pas de leur sorte. Tombé, ou poussé là par hasard, il est comme une enfant trop grand pour sa chambre : il se cambre et se tord pour épouser avec une grossière délicatesse l’esapce qu’il se trouve. De tous côtés ils lui tournent le dos, lui refusant le droit de respirer, ils ne le regardent pas.
Minefi est pourtant là, dans ce paysage qui ne l’accepte pas. Tout autour, édifices et infrastructures rayent et quadrillent la ville avec leurs masses. Aveuglément, ils s’ancrent sur leur terrain ; froidement, ils se tournent vers la rue pour s’exhiber. Impérieux, ils dictent leurs lois, laissant Minefi colossal, bien trop loin du banal. Depuis longtemps, il ne nous offre plus ses vastes espaces ni son confort enviable ; conçu comme une machine, on a oublié qui il était. Il se mure de ciment et de pierres, se range derrière ses grilles et son verre opaque. On pense alors en le voyant qu’il se fond parmi les autres immeubles et qu’il attend de disparaitre silencieusement dans un paysage qui lui est hostile. Bien au contraire ! Il se dresse comme il peut sur ses appuis qui écrasent encore maladroitement le socle urbain et regarde vers le ciel. On aperçoit ça et là derrière sa carcasse de pierre, des mécanismes en suspens, témoignages de son décollage imminent. Chaque morceau de son squelette souhaite arracher du sol ses pattes démesurées et voler.
A toute heure vous pouvez l’observer et vous verrez à travers ses faces de verre des rangés de gens. Ils rentrent par centaines tous les matins par la porte étroite en cohue ordonnée et s’installent inévitablement au même emplacement. Vous croyez les observer en cachette, ce sont eux qui vous regardent, contemplant comme Minefi la logique d’un monde qui ne les comprend pas. Et c’est là qu’ils attendent.


VILDEBER, la ville fantôme.
Il y a quatre manières d'accéder au village; par bus, vélos, voitures ou métro. La banalité d'accès est assez épatante. De l'extérieur, seul un passage, qui d'ailleurs anime et casse cet enchaînement de façades ternes, te laisse imaginer ce qui se trame dans ce village pour l'instant invisible. On a le pressentiment que quelque chose est en train de changer et que l'on va s'engager dans un univers nouveau; soudain l'échelle de la ville rétrécit.
Une fois sur le Cour Saint Emilion, où les piétons sont rois, tu réalises très vite que parcourir le village n'est finalement pas un jeu de hasard. La circulation rectiligne ne peut en effet qu'être logique.
Pavés au sol, rails préservés, anciens chais de Paris qui nous renvoient aux anciennes réserves de vin, cette vague d'antan nous apaise. Il suffit de regarder attentivement un chai, sa basse hauteur, ses pierres qui se marient au bois et acier, et de se dire qu'il y en a une quarantaine identiques rangés avec rigueur le long du tracé rectiligne .
Tu penses pouvoir te déconnecter de la réalité de la ville, te laisser envoûter par le charme et l'authenticité.
Quelle fourberie que ce village.
Les enseignes de commerces et restaurants s'accumulent sur les façades . Ces grandes chaînes usitées s'emparent des chais. Même les façades qui à première vue peuvent t'envoûter te désillusionnent par leur intérieur superficiel. Cette ville à l'âme fantôme ne reflète qu'hypocrisie par son effet de dépaysement falsifié.
Vildeber à première vue chaleureuse avec ses caves d'antan, n'est autre qu'un décor de théâtre animé.
Sans oublier cette sensation de foule qui s'agglutine sur le tracé rectiligne et ce bruit de fond que tu discernes; tout cela n'est que mirage. L'ensemble se précipite vers le cinéma. Somme toute, pourquoi ne pas la surnommer la ville mirage? Elle n'est assurément pas aussi réjouissante que prévu . Mes illusions se brisent.
Le cinéma, cette considérable machine, ne semble pas lié au reste du village. Il s' impose en protecteur avec ses rangées de chais en guise de bras, qui aspirent les personnes s'y aventurant.
Les habitants du village ne font que passer.On se demande presque s'ils existent.
Le voyageur, en s'y rendant, pense trouver des habitants, mais une fois sur place, le néant. De vastes esplanades vides et inexploitées.
Le passant est pris au piège.
En définitive, tu arrives d'un périple à Paris, tu espères enfin pouvoir te détendre , t'évader dans un endroit calme et agréable, mais s'asseoir dans un café et consommer est la seule possibilité.
Si tu espères rencontrer des gens,échanger et discuter, tu t'aperçois que ces personnes sont insaisissables, et que tu n'es qu'esseulé. Tu es comme l'homme invisible dans la ville mirage.

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